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L’explosion de la seconde main : attention danger pour la planète…

La seconde main, dans sa version initiale, est une très bonne solution pour éviter la fast fashion et ses impacts négatifs.

Ici je vais t’expliquer la profonde mutation qui est en train de s’opérer, entraînant la seconde main dans une dérive mercantile dangereuse… En effet, je ne dis pas que c’est la seconde main qui est dangereuse mais bien son explosion.

Initialement, l’intérêt slow fashion de la seconde main, c’est de :

  • donner/vendre des vêtements que tu ne portes plus, pour réduire les déchets textiles. Chaque année en France, ce sont 10 000 à 20 000 tonnes de vêtements qui sont détruits. J’en profite pour rappeler que les vêtements ne se jettent surtout pas à la poubelle (trouve une benne de recyclage près de chez toi ici).
  • acheter en deuxième main pour éviter d’acheter du neuf et donc pour éviter de nouvelles productions polluantes.

Comment la seconde main devient le prolongement de la fast fashion :

Le premier constat est le suivant : la seconde main augmente fortement mais la production de neuf ne réduit pas. Cette dernière continue d’augmenter…

Aujourd’hui les français achètent deux fois plus en seconde main qu’il y a 2 ans. La production poursuit sa croissance incessante notamment avec la montée en puissance des ventes en ligne.

La seconde main ne permet donc pas de freiner la surconsommation de produits neufs…

Elle est devenue à la mode, très tendance. Nous la surconsommons pour passer rapidement d’un look à l’autre et renouveler notre garde-robe aussi, exactement comme on le fait déjà avec la fast fashion.

Alors qu’auparavant, on se tournait vers les vide-dressing ou friperies pour se débarrasser des vêtements qu’on ne portait plus, aujourd’hui il s’agit surtout de faire de la place pour pouvoir remplir à nouveau… Combien de fois j’ai entendu ou lu : « j’ai une règle importante pour ne pas encombrer mon dressing : une pièce rentre uniquement si une pièce sort ». Cette idée répandue sous entend le remplacement automatique. La mode actuelle ne supporte pas le vide. Pour faire un tri de penderie raisonné (non pas dans le but de racheter) je t’invite à lire mon article ici.

La première dérive observée consiste donc à vendre ses vêtements, non pas pour limiter la quantité des déchets textiles, mais pour récupérer un petit budget permettant de faire de nouvelles emplettes.

Le cercle vicieux est enclenché : on achète sans grande implication car nous avons cette possibilité de revente facile à notre disposition sur Vinted et compagnie… Alors on continue le même schéma qu’auparavant, la seconde main devenant simplement le prolongement de la fast fashion (en augmentant l’empreinte carbone avec tous les trajets de livraison en plus !).

La deuxième main sera neuve :

Dans quelques années, les vraies pièces vintage se feront de plus en plus rare, perdues au milieu d’un océan gigantesque de vêtements de fast fashion « comme neufs ».

Les start-ups proposant des solutions de revente entre particuliers se multiplient. Celles-ci mettent bien évidemment toujours en avant l’aspect « ‘éco-responsable » de la démarche pour confirmer au client que sa démarche est bonne.

Prenons l’exemple d’une toute nouvelle plateforme de vêtements d’occasion : Percentil. Ce site affiche l’incroyable bon plan : « vos marques favorites à -85% »  » et « plus de 2500 nouveaux vêtements chaque jour ! », « les fashionistas seront comblées »…

Les fondateurs ajoutent fièrement qu’on trouvera sur leur site « des vêtements comme neufs » et cela ne choque personne… Alors que ce point, résumé en 4 mots, révèle justement tout le problème.

mode occasion

Cela illustre parfaitement la seconde main de demain : on revendra aussi vite qu’on achètera… des vêtements à peine portés ! Alors que l’objectif de la slow fashion est de faire durer sa penderie et de consommer uniquement en cas de vrai besoin. La slow fashion et la seconde main s’éloignent désormais pour devenir bientôt complètement contradictoires…

Quant à Vinted et ses dérives – entre arnaques à gogo et marchandes de tapis – j’en parlerai dans une prochaine vidéo…

Voilà comment la seconde main, de particulier à particulier, est pervertie et s’éloigne de son intérêt d’origine, en devenant mercantile et donc source de pollution in fine.

Rien n’échappe au marché… la consommation sans fin

Ce n’est pas glorieux jusqu’ici mais attend la meilleure (ton ironique bien sûr…).

Le marché s’empare de la seconde main. Les grandes marques et grandes enseignes de la distribution ont repéré le potentiel business derrière le phénomène. Elles sont actuellement toutes en train de l’étudier pour reprendre aux particuliers ce « service », en prétextant bien évidemment une démarche environnementale positive.

Dans la réalité, tout cela n’est qu’un beau discours. Les uns après les autres, les acteurs du marché ouvrent leur super onglet de « bienfaisance » dédié à la mode d’occasion (La Redoute, Kiabi, Auchan, Zalando, Eram, Promod… ).

Ces marques vont récupérer une petite commission sur tes ventes bien sûr mais surtout elles vont te proposer une belle alternative : soit tu récoltes le montant de ta vente, soit elle t’offre un bon d’achat abondé ( le montant de ta vente est augmentée d’un certain montant) que tu pourras utiliser sur leur site. Pas folles les guêpes !

C’est ainsi que selon les marques, ce sont des abondements très attractifs, allant de 20 à 50%, qui sont offerts aux vendeurs. Une belle aubaine qui aboutit à racheter du neuf auprès de ces enseignes et à poursuivre de cette façon le cercle infernal : racheter – revendre – racheter.

Le message indirect et sournois qui est transmis, à travers cette mutation des modes de consommation, c’est : « n’hésitez pas à acheter chez nous, vous avez une solution de revente facile le jour où vous n’en voulez plus ». La véritable implication dans la décision d’achat n’existe plus, sur le même schéma que la mode cheap et jetable.

Tout cela, bien emballé avec un joli papier cadeau green « en plus vous faites une bonne action, c’est une démarche responsable pour la planète ». Quoi de mieux finalement pour piéger le consommateur dans les filets du marché ! On lui fait croire qu’il peut se faire plaisir tout en ayant un impact positif sur les humains et la planète.

En vrai, rien de tel bien sûr ! Qui dit plus de consommation dit encore plus de pollution textile.

Cette appropriation de la seconde main par le marché ne s’arrête pas là.

Les enseignes prévoient aussi de plus en plus, l’intégration d’un corner de seconde main dans les points de vente physique.

L’objectif est simple à deux niveaux :

  • cela attire les gens et génère du trafic en magasin,
  • un trafic de clients qui, au final, achètent dans le corner mais aussi du neuf dans les autres rayons… Les marques le disent très clairement : lorsqu’ils viennent pour ce corner, ils repartent souvent avec un produit neuf ! C’est ça l’intérêt.

Pour conclure, restons donc vigilantes aux discours des marques sur cette nouvelle offre de seconde main. Restons conscientes de ce qui se passe pour ne pas tomber dans le piège du cercle infernal de la consommation sans fin !! Sinon, le risque est de contribuer à une dégénérescence de l’économie circulaire théoriquement vertueuse.

♥ Et toi que penses-tu de cette évolution ? Comment envisages-tu la seconde main de ton côté ?

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Bubulle
Bubulle
1 mois il y a

J’utilise Vinted pour acheter des vêtements de bonne qualité de marques que je connais bien et que je ne ne m’offre pas souvent. Pas du « luxe » pour ma part, ça ne m’attire pas, juste des belles choses confortables et qui durent.

Mes achats sont réfléchis, même si mes amies semblent penser autrement. Ben…ouais, créer une garde-robe élégante et fonctionnelle en quelques mois ça suppose des achats assez rapprochés. Le plan c’est quand même de garder ces vêtements de nombreuses années en les mettant régulièrement.

Je n’achète que ce que je sais que j’aurai plaisir à porter régulièrement (ou pour une occasion particulière). Je ne revends que ce qui ne me va pas, me serre, etc. C’est de plus en plus rare parce que je connais les marques qui me vont et je sais poser les bonnes questions.

J’ai récemment acheté une paire de salomés vernies noires a (petit) talon Clarks portées une fois. Trop étroites pour la vendeuse, ces pauvres chaussures ont passé un sale quart d’heure sur une forme a forcer impitoyable,arrosées de shoe eze acheté en bidon de 500mL une fois arrivées chez moi. Mouahahaha
Parfaites pour la mi saison au quotidien avec mes collants noirs semi-opaques et mes jolies robes faciles a porter et à assortir. Ça va avec tout ce que j’ai (enfin presque). J’ai tout ce qu’il faut pour entretenir, nettoyer et désinfecter en profondeur les chaussures (preuve que je souhaite garder mes achats longtemps) et les élargir/assouplir si besoin. Je recouds mes vêtements troués sans problème…

Je mets régulièrement 70-80% de ma garde-robe, c’est une assez bonne perf’ je pense.
Je ne suis pas une minimaliste, j’aime la variété mais je ne pense pas avoir plus de vêtements que la moyenne, juste plus de « vrai » choix. Je ne me dis plus « pfff ne j’ai rien à me mettre » parce que tout est pensé pour bien aller avec presque tout. Evidemement ça demande du temps, de la recherche, de la réflexion en amont et une certaine forme de discipline pour éviter les achats impulsifs ^^

Lilie
3 mois il y a

Loren,

Merci pour cette synthèse complète des comportements marketing que je déteste. Ça résume ce que je pense. Et pourtant, je ne me revendique pas de la slow fashion. Je ne vide que très rarement mes placards, car tout ce que j’ai acheté, je l’adore. J’ai beaucoup de mal à m’en séparer. Même si ça ne me va plus, je me dis que je pourrais toujours le remettre un jour… Que j’aurais du plaisir à le remettre. C’est un autre sujet…

Je ne vais tellement plus dans les magasins, que je n’avais même pas réalisé qu’il y avait des corners de ventes de seconde main !!!! Quant à ceux en ligne, j’étais complètement passée à cote !!!

J’admire la capacité des marqueteurs pour trouver des idées pour vendre en surfant sur l’air du temps, sans aucune envie de suivre ces tendances de faux messages je n’ai surtout pas envie de le faire. Je ne comprends toujours pas pourquoi on tomberai dans le panneau, mais visiblement ça marche…

En tant que créatrice de sacs, j’ai besoin de ce côté « vente », que je déteste. Je n’ai pas envie de vendre pour vendre, Je veux vendre pour des femmes qui ont envie de porter fièrement un sac que je leur ai conçu sur mesure, qu’on a pris le temps de discuter. Pas une pièce de plus dans leur placard. Ça m’irrite dès que j’y pense…
Bref, compliqué d’allier expansion de ventes et marketing pour se faire connaître, sans utiliser des techniques que je considère; comme toi, mal-honnête… Et pourtant, pour créer des tas des sacs différents, j’ai besoin de clientes différentes. Mon inspiration vient de la femme qui va porter le sac… Aussi incroyable que cela puisse paraître.

Sans cliente, je suis en manque d’inspiration… bref, le cercle vicieux…. A suivre.

Bises,
Lilie

CREPIN Chloé
CREPIN Chloé
3 mois il y a

Merci Loren, je suis 100% d’accord, il est important d’en parler… C’est du green-washing. J’utilise la seconde main pour presque tout ! J’habille mes enfants (qui poussent en champignon) chez Percentil, Vinted, Vide Dressing, avec ce ré-emploi, en conscience qu’il y a un effet pervers de se délester du neuf et de permettre à d’autres d’acheter. Cependant je ne génère pas « MOI » du neuf ou si peu. Je déconsomme bcp. Dénnoncer c’est important, mais à part la culpabilité et la peur, qui sont déjà si lourdes à porter. Quelles autres solutions vraiment viables selon toi ? Je vais contribuer et informer mon réseau en ce sens. Courageux sujet en tout cas.

Aglaë
Aglaë
3 mois il y a

Merci pour cet article et le recul que tu nous fais prendre sur ce nouveau mode de consommation !!

Loren

Publié par Loren

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